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UN DISPENSAIRE DANS SON VILLAGE 


       

Mars 2017

Bonjour à tous, Namasté!

Je reviens vers vous, après une quinzaine de jours au Népal.

Suite à une réunion le 13 Février dernier, les décisions prises par l'administration de Gorkha nous amènent à envisager des changements importants pour l'évolution possible de notre projet :

- arrêt de nos travaux sur place et délocalisation avec attribution d'un autre terrain
- indemnisation des dépenses déjà engagées.

Comme souvent au Népal, la situation est compliquée mais, pour tenter de la clarifier en voici le détail :

Après nous avoir bien attribué l'emplacement sur lequel j'ai démarré les travaux l'automne dernier (documents et preuves à l'appui), l'administration reconnait avoir commis une erreur en réattribuant l'intégralité de la zone (18 hectares qui incluent nos 11X11 mètres) à l'association NRNA. Cette dernière, Non Resident Nepalese Association/Association des Népalais Non Résidents, forte de membres très fortunés, (son président entre autres, Sesh Ghale, troisième fortune d'Australie) est omnipotente sur place, liée aux partis politiques dont le Premier Ministre et donc intouchable! Elle fait la loi sur place! Tous évoquent les grandes libéralités offertes aux décideurs du gouvernement au niveau national...
L'ultimatum de la NRNA était clair : "Ce sont eux ou nous" : nous ne sommes pas de taille à lutter efficacement et le choix entre nos deux associations a été facilement fait. Nous sommes priés d'abandonner les lieux et expropriés.
Comportement ubuesque...détail : Jamuna Gurung, la femme du président, a évoqué notre emplacement de dalles parasismiques comme une base parfaite à sa résidence temporaire lorsqu'elle sera de passage à Gupsi...avec une vue grandiose sur le massif des Ganesh (7000m)...
Après plusieurs tentatives vaines de rencontre pour conciliation (Hari Krishna Dhakal, Ram Kumar Gurung et moi-même), il est encore impossible de comprendre la raison du blocage de la NRNA envers notre projet..., refus constant. Nous sommes pourtant compatibles. Parmi leurs 18 hectares, nos 121m2 n'occupent qu'un emplacement minimal sur leur projet de 573 habitations.
Nous avons tout tenté: je leur ai même proposé de leur céder la propriété du dispensaire pour ne conserver que la gestion des soins, en assumant tous les frais. Refus catégorique. Nous ne sommes pas les seuls à subir l'intransigeance de la NRNA : les écoles, déjà partiellement reconstruites et gérées par l'association française Les Amis de Laprak, ont aussi été expulsées. Là aussi pourtant, la compatibilité est certaine...
Mépris et arrogance. No Way! La raison de cette fin de non recevoir permanente reste un mystère.

  • Donc expropriés mais pour compenser son erreur et notre investissement financier, nos efforts et énergie (mi-septembre à mi-novembre, deux mois de travail sur place dans des conditions difficiles) le gouvernement nous propose une indemnité et la relocalisation du dispensaire sur 5 ropanis soit approximativement 2700m2. Depuis le tremblement de terre (2 ans déjà), tout a été "normalisé" et compliqué (source de profit pour les intermédiaires) et favorise les passe-droits comme pour la NRNA. Il est attribué une surface à chaque établissement public. Dans le cas d'un "health post" ou dispensaire, 5 ropanis donc.
  • J'ai d'abord rencontré à Katmandou les membres du bureau de l'association Sri Nepali Doctor (avec qui nous devons légalement travailler).
  • Puis, nous avions ensuite rendez-vous à Gorkha avec le Préfet de Région dont dépend Laprak-nouveau village de Gupsi Pakha. Il ne fallait pas tarder car la situation politique très instable varie régulièrement et il est rare qu'un officiel reste plus de trois mois en poste... Ce CDO (Chief District Officer), ayant déjà traité notre problème le 13 février dernier, nous attendait, parfaitement au courant. Il nous a clairement fait comprendre qu'il est de notre côté mais que sa hiérarchie à Katmandou lui impose cette décision. Cependant, très mécontent de l'arrogance de la NRNA (arrivée en hélicoptère avec beaucoup de retard, impolitesse), il souhaitait, dans la mesure de ses capacités, nous montrer son soutien et nous encourager dans notre projet qu'il juge indispensable à Laprak. Ce CDO s'est donc engagé à appuyer très favorablement nos demandes de relocalisation et surtout d'indemnité auprès des ministères concernés. Un terrain est, d'ores et déjà, alloué au local médical. Il a ensuite téléphoné à des ingénieurs du gouvernement, en place au village de Barpak et leur a demandé de nous accompagner à Gupsi, pour examiner notre chantier et rapidement lancer l'estimation des coûts déjà engagés.
  • Le lendemain nous sommes partis en 4X4 pour Laprak. La piste, améliorée, élargie, parfois même empierrée était praticable en cette période sèche mais, très, très poussiéreuse! Approximativement 50km pour 6 heures de route. Comme prévu, à Barpak nous avons rencontré les deux ingénieurs et continué à 6 personnes dans le véhicule. Dès notre arrivée sur place, j'ai eu le choc de retrouver les lieux que j'avais quittés en novembre dernier totalement bouleversés. Toutes les habitations temporaires (bâches et tôles) que nous avons connues avec Jean-Pierre, ont été démontées et replacées, éparpillées plus loin le long de la piste, évidemment hors zone attribuée NRNA. Restent les plateformes vides, témoins des anciennes implantations.
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Parmi les soutiens importants du président de la NRNA, un général a dépêché sur place une soixantaine de soldats! Incroyable de voir sur ce chantier un camp militaire entouré de barbelés et gardé! Quel paradoxe surprenant pour un projet théoriquement bénéfique aux villageois et "humanitaire"! Pourquoi des militaires en armes sur place? Ce n'est pas la guerre mais pourtant, un conflit certain y existe.

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A l'origine de l'engagement pris auprès du gouvernement, la NRNA devait livrer ces maisonnettes "clés en main" (l'expression revient souvent dans les protestations des villageois). Cependant, ayant largement mésestimé son budget, notamment le coût du transport, la NRNA refuse de payer les villageois et, a donc dû faire venir travailler une cinquantaine de "volontaires" de Pokhara et Chitwan. Les villageois de Laprak se sentent trompés et aucun ne souhaite participer au chantier en fournissant une main d'oeuvre bénévole. De plus, autre changement crucial par rapport aux promesses : afin de réduire au maximum les coûts, l'association exige des futurs résidents la fourniture des matériaux, la pierre et beaucoup plus difficile et surtout coûteux, le bois!
Ce n'est donc pas une ambiance cordiale qui règne sur ce chantier mais plutôt une grande tension qui pourrait dégénérer et, probablement explique la présence des militaires.
Et ce n'est pas tout :le mécontentement, l'amertume, la frustration (mot qui revient aussi souvent chez eux) ne s'arrêtent malheureusement pas là. Ils sont aussi très inquiets sur la qualité de la construction.
Pour les murs à venir, des briques de terre crue sont fabriquées sur place, à la chaîne : notre chef d'équipe Dhilé, m'a montré en cognant du talon sur une brique comment elle se transforme rapidement en poudre... on ne peut évidemment pas utiliser n'importe quelle terre pour ce genre de fabrication. Théoriquement, une bonne argile est nécessaire et si possible, additionnée d'un peu de chaux.
Autre source d'inquiétude : deux pelles mécaniques s'affairent pour le terrassement : sur les plateformes, Dhilé nous a aussi montré les premières réalisations de fondations. De la pierre avec uniquement de la terre comme liant... une vingtaine de mètres carrés par famille de 4 ou 5 personnes...

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Décidemment, la NRNA n'en est pas à un paradoxe près : ce gouvernement depuis le dernier grand séisme a pris des mesures draconniennes quant aux normes parasismiques : incontournables pour tous et contrôlées, entre autres, par les deux ingénieurs qui nous accompagnaient sur place... et n'ont pas hésité un instant à manifester leur surprise face à une telle réalisation de mauvaise qualité! Mais ils n'y peuvent rien disent-ils car NRNA est intouchable, a le blanc-seing du gouvernement et peut faire ce qui lui plaît...
Et les Laprakis, après avoir assisté et travaillé avec moi lors de la réalisation de nos fondations en béton armé, sont bien conscients de ce que risqueront les résidents qui voudront bien s'installer sur de tels emplacements.
Quant à notre réalisation, NRNA a installé sur nos dalles, une grande cabane métallique, cantine et stockage de matériel. Les ingénieurs m'ont longuement questionné sur place, sur les détails techniques de la réalisation des fondations et dalles en béton, pour pouvoir en estimer le coût et commencer notre dossier de demande d'indemnisation. D'abord assez hostiles autour de nous, les travailleurs de NRNA ont reculé quand les ingénieurs se sont présentés, en service pour le gouvernement. Nous avons ensuite continué ces calculs pour l'estimation, plus loin, dans une cabane jusqu'à une heure très tardive. 

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Le lendemain de cette première visite, j'ai été invité à une grande réunion au vieux village de Laprak qui se trouve 800 mètresplus bas, à 45 mn à pied une fois la piste quittée.
Pour réagir face au chantage de la NRNA (dispensaire versus maisons), aux pressions du gouvernement central qui leur refuse le droit de vouloir continuer notre projet ainsi qu'aux doutes sur la qualité de la construction à Gupsi, les villageois ont entièrement reconstruit leurs anciennes maisons, d'une autre allure que ce qui leur est promis à Gupsi et qu'ils qualifient déjà de "cabane à chèvres". Les gens âgés et les enfants apprécient ce "vieux village", moins venté, plus ensoleillé, fleuri avec les champs nourriciers proches. De cette manière, les Laprakis manifestent leur mécontentement à l'autorité qui a déclaré leur village en zone de péril. Le gouvernement ne peut les en expulser sans générer un conflit important mais a clairement prévenu la population, qu'en cas de nouveau séisme, aucune demande d'aide ne serait admise.

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Mon passage était bref et je souhaitais une réunion d'information pour exposer à cette audience, nombreuse et attentive, les conséquences des dernières décisions administratives. Leur dire clairement mais chaleureusement notre situation. Que, malgré notre souhait, nous abandonnions, temporairement tout au moins, notre projet mais gardions l'espoir de trouver une solution pour recommencer. Cette réunion s'est tenue au centre du village, autour d'une maison commune reconstruite l'année dernière par une association française.

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Durant plusieurs heures, les responsables les plus appréciés se sont succédés au micro, avec des discours de plus en plus enflammés jusqu'à devenir étonnamment vitupérants : j'entendais régulièrement les mots de "NRNA", son président, sa femme", revenir très fréquemment et avec des accents de franche colère : pour que des Népalais osent ainsi revendiquer en nommant haut et fort ceux qu'ils estiment être responsables, il faut que la frustration soit majeure. Et, c'est bien le cas! Des femmes prenaient la parole en demandant leurs avis à l'assistance et le ton montait, assourdissant. La participation était unanimement en notre faveur mais, malheureusement, le constat restait incontournable : face à la décision du gouvernement, nous ne pouvions rien. On m'a demandé d'intervenir et Ram Kumar a traduit mes quelques phrases, de remerciements pour ceux qui m'avaient soutenu durant mes deux mois sur place et d'espoir sur une indemnisation correcte et l'éventuelle reprise des travaux ailleurs, proche de la nouvelle tour de transmissions qui vient d'être installée. Un terrain au bord de la piste et plat, avec aussi, une vue superbe sur l'Himalaya. Et cette fois, hors du secteur et des griffes de la NRNA! Ils ont applaudi et, quand je quittais le village, une responsable du comité des femmes m'a dit :"on espère que vous reviendrez, les Laprakis vous aiment!"

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Au retour à Barpak, nous avons finalisé les calculs d'indemnité avec les ingénieurs puis, commencé la rédaction du dossier. Les factures sont jointes et le tout sera bientôt déposé au Préfet qui doit, si l'on peut croire ses dires, nous apporter son soutien en faisant suivre la procédure à Katmandou. Dans un premier temps, qui est népalais et donc imprévisible, soit dans les mois qui viennent... nous devrions avoir un accord pour ce nouvel emplacement et surtout, une proposition d'indemnisation. Le soutien des ingénieurs, avec qui nous avons travaillé sur place, nous est totalement acquis : ils ont clairement pris notre parti en sollicitant de leur ministère un montant juste et en notre faveur. Cependant, rien ne le garantit. Libre aux fonctionnaires de Katmandou de le réajuster et de nous proposer ce qu'ils jugent adéquats. Affaire à suivre donc. Pour l'instant nous ne pouvons qu'attendre. Lorsque nous connaitrons leur estimation, nous pourrons décider d'une éventuelle reprise des travaux.

Le suivi de la procédure doit être rigoureux si l'on ne veut pas que le dossier soit oublié dans un fond de tiroir. J'ai donc demandé à Hari et Ram de faire leur maximum, s'ils croient encore à une solution. L'avenir nous le dira...
N'étant pas népalais, je suis incapable de suivre l'affaire et leur en laisse la responsabilité. Je leur ai cependant proposé de se faire assister, prendre quelqu'un à temps plein qui suivra avec assiduité et devra relancer si nécessaire le déroulement de la procédure sur place : avec la somme créditée sur leur compte associatif pour l'achat de briques, la rétribution d'une telle assistance serait aisément prise en compte. A eux de voir et de faire ce qui est nécessaire.

Voilà les dernières informations. D'une certaine façon, elles peuvent sembler positives puisqu'elles nous laissent l'espoir d'une solution : dédommagement correct assorti d'un nouvel emplacement. Où, cependant, il faudra recommencer les travaux à zéro !
Et dans ce cas, bienvenue aux volontaires pour un stage, bénévoles comme chez NRNA !

Cordialement.
Gérard Naigeon

 

 

 

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